Alors que la chute des cours du pétrole bouscule encore le marché de l’énergie, le temps de la recherche n’est quant à lui pas celui du marché. Les échelles ne sont pas les mêmes et une vision long terme s’impose. A l’IFP Energies Nouvelles (IFPEN) 50% des brevets déposés actuellement le sont pour des innovations technologies dans les nouvelles énergies. Retour sur les faits marquants en 2014 avec Pierre Beccat, Directeur de l’établissement de l’IFPEN Lyon.

Pierre Beccat, Directeur de l'établissement IFPEN Lyon

Pierre Beccat, Directeur de l’établissement IFPEN Lyon

Sans premières industrielles, point de salut pour une recherche pertinente. « Au-delà des prix et des trophées* décernés à l’IFPEN en 2014, 50% de nos ressources proviennent de la valorisation industrielle des recherches menées dans l’établissement » affirme Pierre Beccat, soulignant qu’il s’agit là du seul organisme de recherche public français à atteindre ce ratio. « L’innovation est une invention qui a trouvé son marché, et il est dans les gènes des chercheurs de l’IFPEN de valoriser leurs travaux et de les protéger par des brevets» déclare

Olivier Appert, Président de l'IFPEN

Olivier Appert, Président de l’IFPEN

Olivier Appert, Président de l’IFPEN, rendant hommage à Yves Chauvin, Prix Nobel de chimie en 2005 issu de l’IFP, récemment décédé et qui a marqué la chimie française.  « A son image, il faut avoir un pied dans la science et un dans le marché ….l’innovation est notre métier et sort du cerveau de nos chercheurs sur la base de nos compétences » analyse t-il.

Voir l’interview de Olivier Appert réalisée par notre partenaire Enviscope.com (Michel Desprost)

 Biocarburants 2G : 2 étapes majeures pour 2 projets ambitieux

 Acteur pionnier de la 1ère génération de biocarburants, l’IFPEN s’affiche aussi l’être pour la 2de génération, à partir de biomasse cellulosique (non concurrente de l’alimentation)

  • Le projet BioTfuel vise la conversion thermochimique par gazéification. En partenariat avec Total, le CEA et Axens, les pilotes ont été lancés pour les commandes d’ingénierie, équipement et construction. « La chaîne intégrée de production est prévue pour 2018, avec un biocarburant le plus proche possible du coût du marché » annonce P. Beccat.
  • Basé sur la conversion biochimique, le projet Futurol est destiné à la fabrication industrielle de bioéthanol à travers une chaîne biocatalytique. Le démonstrateur ayant rapporté des résultats rassurants, le procédé est prêt à entrer en phase de commercialisation via la filiale Axens de l’IFPEN. « Nous allons collaborer avec la société qui fera réalisera la première industrielle » révèle-t-il.

 

Côté chimie du végétal

 

Le projet Biobutterfly en collaboration avec Michelin marque une avancée certaine dans le développement de produits biosourcés : dédié à la production de butadiène grâce à une technologie performante, économique et propre, il vise une industrialisation à l’horizon 2020. Après les premiers résultats expérimentaux et l’évaluation économique en 2014, l’heure est à la sélection des voies les plus prometteuses.

Le projet Biobutterfly en collaboration avec Michelin marque une avancée certaine dans le développement de produits biosourcés : dédié à la production de butadiène grâce à une technologie performante, économique et propre, il vise une industrialisation à l’horizon 2020. Après les premiers résultats expérimentaux et l’évaluation économique en 2014, l’heure est à la sélection des voies les plus prometteuses.

Développé en partenariat avec Total, le procédé AtolTM concerne la production de bioéthylène par déshydratation de l’éthanol issu de production fermentaire et est commercialisé depuis 2013 par Axens, entrant d’ores et déjà dans la composition de divers plastiques (CD, bouteilles, emballages…). « L’objectif est de développer à la fois un procédé de déshydratation et un biocatalyseur » précise P. Beccat.

Chimie du végétal toujours, l’ambitieux programme mené avec la société Anellotech pour la mise au point d’une nouvelle technologie de production de bio-aromatiques (benzène, toluène et paraxylène) à partir de biomasse non-alimentaires tout en minimisant la consommation d’énergie et les émissions de CO2. Commercialisation à l’horizon 2019 toujours par Axens.

 

Objectif « Usine du futur » et politique de soutien à l’innovation

 

Parmi les nombreux projets menés en collaboration avec l’Institut pour la Transition Energétique (ideel) figure la méthanation du CO2 issu du biogaz (projet METIS).

« L’IFPEN mène une politique continue de soutien à l’innovation en apportant les moyens adaptés et le service logistique afin de permettre à des petites sociétés d’avancer en raccourcissant les délais auxquels elles seraient soumises en étant seules » déclare P. Beccat. L’implication de l’établissement comme membre fondateur de la plateforme d’innovation collaborative chimie-environnement Axel’One en témoigne, avec notamment la Plateforme Procédés Innovants (PPI) sur le site de Solaize (Lire l’article Axel’One PPI). Ainsi l’IFPEN apporte-t-il sa caution à des sociétés en dehors de ses domaines d’activité, comme par exemple à la PME Cool qui a mis au point  un matériau capable de capter de l’éthylène produit lors de la maturation des fruits et légumes, et dès lors de prolonger la conservation de ces derniers. Ce sont les compétences de l’IFPEN en matière de séparation et caractérisation physique des solides qui furent un paramètre d’accélération du projet, aboutissant à une commercialisation imminente du produit.

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Pilote pour la désinfection solaire

Enfin, « nous avons signé un contrat de développement avec BMES (BioMédicales Ecologiques Solutions) installée sur la palteforme Axel’One PPI pour industrialiser un système de biocatalyse dédié à la purification d’eau » annonce P.Beccat, révélant que la société pourrait devenir un leader en chimie-environnement. Les compétences de l’IFPEN en procédés et mécanique appliquée sont ici venues en renfort aux matériaux catalytiques développés par BMES pour détruire les microorganismes et réduire les micropolluants chimiques grâce à un procédé solaire d’oxydation (Lire l’article BMES, des technologies cleantech au service de l’eau et de l’air).

 

 

*IFPEN sous les projecteurs

  • Lauréat du Concours mondial d’innovation dans la catégorie Recyclage matières (métaux rares) pour le projet Trisur (Tri de Solides Ultra-Rapide)
  • Prix Irène Joliot-Curie 2014 « Femme scientifique de l’année » décerné à Hélène Olivier-Bourbigou, responsable des recherches en catalyse moléculaire à IFPEN
  • Récompensé parmi les 100 organisations mondiales les plus innovantes (TOP100 2014) pour la 4ème année consécutive.

 

Nathaly MERMET