Berceau de la technologie de prothèse de hanche, Lyon accueillait en fin de semaine dernière le Congrès  international « Hip arthroplasty » avec un focus particulier sur la prothèse totale de hanche dotée d’une cupule à double mobilité. Une innovation qui, si elle était généralisée, pourrait faire économiser 50 millions d’euros chaque année à la sécurité sociale !

 

Chose assez peu connue, Lyon est complètement en pointe en chirurgie orthopédique concernant la prothèse totale de hanche. Et chose intéressante (rare aussi !): non seulement il y a une « école lyonnaise » de la prothèse totale de hanche (PTH) » avec plusieurs générations de chirurgiens orthopédiques de renommée internationale, mais les fabricants leaders mondiaux de PTH sont également localisés dans la région.

Initialement développée par le laboratoire SERF – siégeant à Décines Charpieu depuis 1973-, la prothèse à double mobilité est une invention française due au Dr Gilles Bousquet en 1975, brevetée en 1976. Une prothèse totale est ainsi composée de deux éléments : une tige positionnée dans le fémur surmontée d’une boule correspondant à la tête du fémur, et un réceptacle, ou cupule, fixée dans l’os du bassin dans laquelle pivote cette tête. Le système de double mobilité autorise une plus grande amplitude de mouvement, mais surtout diminue drastiquement le risque de luxation, qui est la principale complication.

Secondairement fabriquée par deux autres entreprises françaises, en l’occurrence par le Groupe LEPINE implanté à Genay- et AMPLITUDE basée aux Echets, dès le brevet tombé dans le domaine public en 1996, la hanche artificielle est depuis également fournie par un 4ème acteur majeur de taille: le géant américain Stryker. « L’apparition de produits concurrents a permis de mieux faire comprendre le concept ! Des multinationales s’en sont emparées et nous avons bénéficié de leur force de frappe et de leur budget marketting » déclare Pierre Mollier au nom de SERF. La petite entreprise fait en effet mentir l’adage selon lequel nul n’est prophète en son pays puisque la France représente son premier marché.

L’opération du siècle

Au sens propre du terme, la prothèse totale de hanche (PTH) a été élue « opération du siècle » par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour le XXème siècle. Et les patients en témoignent : la chirurgie de PTH non seulement supprime totalement des douleurs très gênantes pour la marche et en prime redonne toute la mobilité. Au point que le patient en oublie sa prothèse et reprend une activité sportive avec souvent de meilleures performances que les années précédant la décision d’avoir recours à une prothèse. La moyenne d’âge d’une chirurgie de PTH est de 65 et 68 ans respectivement chez les femmes et les hommes, mais l’indication est de plus en plus étendue. « Il y a aujourd’hui davantage d’usure douloureuse chez des gens jeunes, et parallèlement on a une confiance de plus en plus importante dans les prothèses et les nouveaux matériaux » déclare le Dr André Ferreira, chirurgien orthopédique à la Clinique du Parc à Lyon, précisant que  « l’objectif reste celui de la restauration d’une bonne fonction articulaire », et que face à un vieillissement de la population en bonne santé générale, la chirurgie prothétique s’ouvre aussi à l’orthogériatrie ».

« On bénéficie aujourd’hui d’un recul de 40 ans d’expérience » indique le Dr Sébastien Lustig, chirurgien orthopédique à l’Hôpital de la Croix-Rousse, précisant que 4 millions de français ont actuellement une prothèse de hanche. « Face à un défi sociétal du culte de la jeunesse et de l’indépendance, l’orthopédie doit apporter des solutions individuelles à une société qui veut aller toujours plus vite et plus loin » observe le Dr Ferreira. Si auparavant la prothèse avait pour fonction essentielle de supprimer la douleur, elle doit désormais répondre sur les volets indolence et performance sportive.

Un marché de 130 000 PTH/an en France

Le système doté d’une cupule à double mobilité représente actuellement environ 40% du marché des PTH primaires et son développement international est exponentiel. « Grâce à l’évolution des prothèses, le taux de luxation a diminué de 3% en 10 ans alors que le nombre d’implants posés a augmenté quant à lui de 20% » se réjouit le Dr Ferreira, notant qu’avec une prothèse à double mobilité ce taux est réduit à moins de 0,2%.

En termes médico-économiques, les études démontrent qu’un gain de 80 millions d’euros a été réalisé sur une décennie par la .diminution des frais de ré-hospitalisation pour des reprises suite à luxation. «  Aux Etats-Unis un patient sur 5 est repris pour une prothèse de hanche » signale le Dr Jacques Caton, notant qu’en France le taux de luxation est beaucoup plus faible. « Si tous les patients bénéficiaient d’une prothèse à double-mobilité, le taux de luxation étant inférieur à 1%, on ferait une économie indiquée par le coût de réhospitalisation (3250€ environ) que multiplie le nombre de cas » affirme-t-il.

Ainsi une étude médico-économique réalisée par les Drs Caton, Papin et Ferreira sur le nombre de luxations  entre 2004 et 2014 indique que si le taux de luxations était resté identique en 2015 à celui de 2004 le nombre de luxations aurait été de 12204 au lieu de 9712. En intégrant le coût hospitalier moyen de 3250€ pour une luxation, l’économie serait de 8M€ en 2015 et donc près de 80M€ sur 10 ans. Si alors la technique de double mobilité était généralisée à toutes les opérations, avec un taux de luxation rabaissé à moins de 1%, c’est près de 430 M€ qui auraient été économisés sur 9 ans, soit environ 50M€ / an en coûts hospitaliers!

Le marché de la prothèse de hanche est aujourd’hui mature et relativement stable et s’estime en France à environ 170 M€ (avec un tarif de prothèse variant de 600 à 2200€ selon les matériaux utilisés), en Europe à 845M€, soit approximativement 5 fois le marché français et ¼ du marché mondial évalué à 3,4Mds €. « De nouveaux acteurs arrivent avec une stratégie d’opportunité mais ils n’ont ni l’historique ni l’expérience » tacle Pierre Mollier. « Nous avons fait le choix de ne plus avoir de sous-traitance mais d’intégrer 30 métiers dans la fabrication de nos implants médicaux : de la forge à la fonderie en passant par le conditionnement et le suivi clinique »  indique Thierry Aslanian, représentant du Groupe Lépine, déclarant que la société a multiplié par 7 ses ventes de PTH double mobilité en 10 ans. Autre avantage concurrentiel pour nos 3 leaders régionaux : le marquage dispositif médical qui, avec le durcissement des normes, constitue une barrière d’entrée sur le marché.

Légende photo : Comité exécutif congrès Hip Arthroplasty 13-14 avril 2017 

De g. à d. : Dr André Ferreira / Dr SébastienLustig / Dr Jean-Louis Prudhon / Dr Michel-Henry Fessy