Fabrice Plasson - Novad'Or 21 Octobre 2013

Fabrice Plasson, Président d’Amoeba, a reçu le Prix Novad’Or 2013 [A la Manufacture des Tabacs, Université Lyon 3, le 20 octobre 2013]. Photo co/Nathaly MERMET

Publié dans Biotech Info du 8 Février 2012

Le CNRS ouvre ses cartons de brevets !

Initiative innovante du poids lourd de la recherche française : vendre ses brevets aux PME-PMI en mal d’innovation. Nom de code du programme : PR2, pour Partenariat Renforcé PME Recherche.

Alors qu’existait déjà un Répertoire des Compétences au service des entreprises*, en particulier des PME/PMI, afin de leur rendre accessible l’offre technologique disponible, le CNRS a décidé d’aller encore plus loin en adoptant une démarche un peu plus « marketing » ! Avec le premier outil il était déjà possible d’identifier les laboratoires porteurs d’une compétence, d’un savoir-faire, d’une technologie donnée pour répondre à un besoin d’innovation ou a un problème technique …mais là le processus est beaucoup plus pro-actif : « dîtes nous ce que vous chercher et nous allons sortir le bon brevet de nos cartons » ! C’est en tout cas l’objectif de l’initiative, et le plus grand défi est celui du « matching ».

PR2 : décodage
Le programme Partenariat Renforcé PME Recherche (PR2) repose sur l’ouverture d’un portefeuille de quelque 4500 familles de brevets, dont un certain nombre (un quart environ, soit un millier) sont à un niveau de maturité suffisant pour envisager un transfert rapide vers des PME souhaitant innover. « Il s’agit pour nous d’arriver à identifier les besoins d’innovation des entreprises » déclare Sandrine MAGNETTO, responsable du service Partenariat et Valorisation du CNRS en expliquant le dispositif mis en place pour ouvrir le portefeuille de brevets à ces dernières. « La frilosité de la PME à s’ouvrir est symptomatique en France » analyse t-elle, affirmant que les PME ont pourtant un rôle clé dans la mise sur le marché de produits dans une démarche d’industrialisation, mais que peu font la démarche. En pratique, la feuille de route peut se résumer en cinq étapes : la PME commence par exprimer son besoin en remplissant une « fiche confidentielle de besoins » renseignée sur ses compétences et atouts ainsi que sur « l’état » de sa R&D (nombre de personnes dédiées, prise de brevets, licences, etc.) et ses éventuels liens avec la recherche publique (par exemple thèse CIFRE, contrat de collaboration, etc.). Puis face à la demande, les services Partenariats et Valorisation du CNRS des régions dans lesquelles sont implantées chaque PME demandeuse analysent le portefeuille et font une proposition d’options de cession de brevets. Vient alors si l’intérêt réciproque est validé l’établissement d’un contrat de recherche portant sur l’adaptation de la technologie brevetée aux besoins de la PME en vue d’un transfert. In fine la cession du brevet se fera, dixit la voix du CNRS, « à des conditions extrêmement attractives » à l’issue du programme de transfert. « Une première information sur nos brevets est déjà disponible sur le site Frinnov**, mais l’idée n’est pas de proposer une liste : elle est de véritablement trouver le brevet qui va répondre à un besoin exprimé par l’entreprise » insiste S. Magnetto. Selon elle, le fait que les brevets soient consultables ne marche pas, mais l’innovation est bien de connecter des choses qui ne le sont jamais

Amoeba, cas d’école …

Créée en juillet 2010 par Fabrice Plasson, la start-up Amoeba fait figure de cas d’école : elle se fonde sur un brevet de rupture technologique, initialement pris par l’Université Claude Bernard Lyon 1 …mais dont les travaux -lancés par le Dr Jacques Bodennec- restaient inexploités ! « Lorsque de retour en France après avoir travaillé aux Etats-Unis j’ai eu envie de créer une entreprise sur un produit de rupture, j’ai tapé Lyon –Biologie –Brevet dans le moteur de recherche Google … et c’est celui sur les amibes comme solution biologique aux problèmes de légionelles qui est sorti » se plait à raconter F. Plasson, Président d’Amoeba et par ailleurs Président de la Commission Innovation au MEDEF Lyon–Rhône. Après avoir récupéré la licence sur un brevet dont les droits avaient été abandonnés par l’Université et le CNRS, Amoeba a été labellisée par Lyon Science Transfert, incubée par CREALYS, et est aujourd’hui courtisée par les plus grands de la chimie, Dow Chemicals en tête. Son ambition est immense car elle entend bien révolutionner la lutte contre les légionelles – malgré un fort lobbying des chimistes sur le marché du traitement de l’eau- et le fort potentiel de la technologie n’a d’ailleurs pas échappé à ces derniers. A l’appui, le faible coût de fabrication des amibes et le remplacement par un seul produit biologique « intelligent » (capable de proliférer ou de s’enkyster en fonction de sa quantité de nourriture disponible) de 4 à 5 produits chimiques. Une performance qui permet à la société de pouvoir prendre 25 à 30% de parts d’un marché mondial des tours aéroréfrigérantes estimé à 500 M€ annuels (comptant 3400 sites classés et 60 000 tours dans le monde) …le tout à partir d’un brevet délaissé par le CNRS et l’Université !

…A essaimer !

« Il y a tellement d’innovations perdues, que le CNRS a décidé de dépoussiérer ses cartons et de les ouvrir aux PME-PMI» se réjouit F. Plasson, notant que l’entreprise qui y trouve son bonheur fait coup double, puisque en plus de la pépite dénichée elle peut avoir la possibilité de faire financer sa R&D jusqu’à hauteur de 75%. Autre astuce économique : faire son étude de marché sur Viadéo ! « Avant de démarrer Amoeba j’ai posté sur Viadéo une question sur la pertinence de l’activité …et en un jour j’ai récupéré 25 réponses de tous les spécialistes du sujet, qui en plus se répondaient entre eux » se rappelle t-il amusé.
Si la société Amoeba a vu le jour presque un an et demi avant le lancement du programme PR2, son dirigeant en prône lui vivement le concept et encourage fortement les PME au sein du MEDEF à suivre l’exemple. « L’innovation c’est parfois juste de penser différemment, que ce soit technologiquement ou en terme de gestion» commente Fabrice Plasson, rappelant qu’accepter de prendre un risque c’est aussi accepter l’échec, mais que l’avantage des contrats de collaboration avec la recherche publique était de permettre d’engager peu de moyens financiers.
Espérons que les entreprises de biotechnologies se feront la part belle dans les cartons du CNRS …A l’attaque !

* Contact : competences@cnrs-dir.fr
** http://www.fist.fr/fr/frinnov/frinnov.html

Propos recueillis à l’occasion de la matinale « Exceptionnel : le CNRS libère ses brevets » organisé par le MEDEF Lyon–Rhône, AMOEBA, le CNRS et le cabinet Germain & Maureau le 26 janvier dernier à Lyon.

Nathaly MERMET

Zoom sur www.f2t.fr

Sur ce site de France Transfert Technologies (FTT), retrouvez tous les brevets français déposés par les universités, les écoles d’ingénieur et les organismes de recherche ! Conçu comme un guichet unique d’offres de technologies de l’ensemble des acteurs de la recherche publique, il permet en un clic et gratuitement de rechercher un brevet par mot-clé sur l’ensemble de la plate-forme. Voué à accélérer le contact entre les détenteurs de technologies ni exploitées ni valorisées et les industriels en mal d’innovation contraints à innover pour s’imposer sur le marché, ce site n’attend qu’à faire du buzz ! Premiers connectés premiers servis, mais quelque 800 offres publiques y sont d’ores et déjà disponibles. NM