Mots-clés : biotech noires – biosécurité – bioterrorisme – biodéfense – tuberculose – toxine botulique

Face aux attaques « modernes » très médiatisées, il ne faut pas oublier les précieuses compétences pour lutter contre celles « du passé »

De la tuberculose à la toxine botulique les menaces virales, bactériennes et toxiques pesant sur la population humaine mondiale sont nombreuses et variées. Outre la vigilance, elles requièrent une vraie stratégie de défense…

« Les Etats-Unis sont le principal moteur de ce qui se passe dans le secteur de la biodéfense » affirme Clement Lewis*, vice-président marketing et stratégie chez le fabricant de vaccins intégrés Acambis, après avoir été responsable des affaires règlementaires et des activités de biodéfense de la société. Mais si le produit phare dans le pipeline de vaccins reste le vaccin antivariolique fabriqué à grande échelle « nous travaillions dans le domaine de la défense bien avant le 11 septembre 2001, qui fut une pierre de touche dans l’histoire » souligne t-il. Le changement fut en revanche la révision du contrat avec le gouvernement concernant le nombre de doses délivrées au SNS(1), passé à 182,5 millions entre 2002 et 2004. Suite aux essais cliniques démarrés fin 2002, l’autorisation pour commercialiser le premier vaccin à visée de biodéfense, ACAM 2000, a été obtenu en août 2007 … « soit quelques 60 mois pour passer de la R&D au brevet puis à l’approbation finale » note C. Lewis.

Si le volet contractuel est un atout pour une société de biotechnologies, l’annulation d’un appel d’offres est elle désastreuse car il en coûte quelques 200 000 $ à l’entreprise qui répond …et Acambis connait car en fait les frais ! Malgré la dizaine de récompenses reçues en 2007 et 7 prix en 2006 – contre 3 en 2005 et un seul en 2004-, l’annulation d’un contrat de 1 M$ et de plusieurs appels d’offres reste difficile à assumer… Sachant qu’il faut compter 42 jours entre la demande gouvernementale pour un vaccin antivariolique et sa livraison, 2 ans pour un vaccin modifié , « c’est un vrai défi, mais aussi une question de crédibilité pour une société comme Acambis d’être capable de répondre, malgré le risque dû à la volatilité» reconnaît C. Lewin. Même avec des reconnaissances notoires telles les Prix Cangene de 144 et 362 millions $ respectivement pour l’achat des antitoxines contre l’Anthrax et le botulisme, ou mieux encore le Prix Bavarian Nordic de 500 millions $ pour 20 millions de doses de vaccin antivariolique « notre activité s’inscrit dans un environnement concurrentiel et empli de controverses » déclare C. Lewin.
A noter toutefois d’importants changements en 2007 avec la loi sur les pandémies prônant la mise en place d’un système d’alerte aux accidents. Mais il faudrait selon C. Lewin commencer par attribuer le marché avant le brevetage du produit …car problème se pose lorsque la licence n’est pas obtenue et que le gouvernement n’achète au final pas le produit ! « Tout le département de la santé serait à réorganiser, pour intégrer financement de la R&D, mise en place d’équipes d’experts et d’un organe consultatif ».

Tuberculose : médicaments en berne pendant 40 ans

Les molécules pour combattre la tuberculose sont apparues dès la seconde moitié du XXème siècle : Isoniazid (1952), Pyrazanimide (1954), Ethambutol (1962), Rifampicine (1963) … mais «il n’y a plus eu de découverte de médicaments depuis 1963 » observe Anik Koul*, responsable R&D chez Johnson and Johnson Pharmaceutical. Ce jusqu’au développement de la diarylquinoline (R207910 ou TMC207) (2) par J&J, issu de 10 ans de recherche et mis sur le marché en 2005.

Apparemment éradiquée grâce à l’avènement des traitements par antibiotiques, la Peste Blanche de l’époque – auparavant prise en charge au sein des sanatoriums- fait un retour fulgurant aujourd’hui. Figurant parmi les trois maladies les plus mortelles au monde, la tuberculose tue quelques 2 à 3 millions de personnes par an, aux premiers rangs desquels les populations fragiles dont les immigrés africains (formes rares inconnues en France) et d’Europe de l’Est (souvent mal soignés ou résistants aux antibiotiques), ou encore les sidaïques immunodéprimés avec lesquels on assiste à un retour de la tuberculose pulmonaire.
D’après les études génétiques, biochimiques et d’affinité de liaison, la nouvelle classe d’antibiotiques R207910 aurait pour cible la sous-unité C de l’ATP synthase, impliquée dans la translocation de protons. L’efficacité sur la tuberculose pulmonaire reposerait donc sur un blocage de la synthèse d’ATP, et l’évaluation en phase IIb chez des patients multi-résistants aux traitements antibiotiques classiques semble concluant.

Nathaly MERMET

ZOOM
Détection de la toxine botulique : du labo au terrain

« On parle généralement de toxine botulique en terme de bioterrorisme, mais on s’intéresse plus rarement à sa production et sa détection » observe Jean-Pierre Rogala, Directeur général de Pharmaleads, petite entreprise d’une vingtaine de personnes spécialisée dans les protéases métalliques.
Composé dangereux mais facile à obtenir, la toxine botulique peut par exemple, avec seulement quelques gouttes introduites dans une installation laitière, contaminer l’ensemble de la population américaine! 400 000 litres de boisson contaminées prêts à l’emploi ont ainsi été retrouvés par les forces armées dans les réserves de Saddam Hussein pendant la Guerre du Golfe. « La toxine botulique représente bien le plus gros risque dans le bioterrorisme puisque la contamination peut passer par n’importe quel liquide, et donc par l’eau notamment » affirme JP Rogala. Aussi Pharmaleads a-t-elle misé sur son savoir-faire dans les métallopeptidases de zinc pour développer sa solution portable EzyBot®, dédiée à la détection de la toxine botulique dans l’eau potable. Le test est disponible dans deux formats : en valisette portative utilisée en mode « terrain » par les forces de sécurité dans des situations d’urgence ou les techniciens des autorités de disribution d’eau, ou sous forme de système installé sur paillasse en laboratoire pour l’obtention de valeurs numérisées. Les méthodes qualitative et quantitative sont évidemment complémentaires dans certaines situations …notamment en cas d’anomalies relevées sur le terrain. Des dispositifs qui intéressent autant les grands distributeurs d’eau que les groupes pharmaceutiques auxquels la technologie est vendue sous licence pour un contrôle qualité sur les lignes de production. « Par rapport à un contrôle qualité effectué sur des souris notre outil permet de passer de 3 jours à 3 heures, et de réduire l’écart-type de 25 à 10% » se réjouit JP Rogala.

Menace terroriste booster de connaissances scientifiques ?

Certes ! Quelques 5 ou 6 années en arrière on ne connaissait même pas l’existence des différentes souches de toxine botulique. Or depuis 2001 on s’est intéressé à la structure de cristallisation moléculaire et on distingue désormais 7 classes, de toxicité et structure différentes. Parmi ces dernières la technologie Pharmaleads permet de détecter les souches A et B dont la dose toxique est de l’ordre de 1 ng/ml.
Le prochain défi pourrait être la détection d’anthrax …mais il s’imposera auparavant à Pharmaleads d’attendre son retour sur investissement !

 * Propos recueillis par Nathaly Mermet à l’occasion d’EuroBio 2007, 26-28 Septembre 2007, Symposium « Present and future of biodéfense. Innovation in the detection of emerging infectious diseases. ».

(1) Strategic National Stockpile
(2) Andries et al., 2005, 307, Sciences.

EN SAVOIR + : RV le 16 octobre 2007, 18h30-20h30, MEDICEN. Table-ronde « Biotechnologies et bioterrorisme » organisée par Transversal Santé.