Bleu : la nouvelle couleur des cosmétiques ?

Mots-clés : biotech bleues / blanches – cosmétique – ressources marines – Océan – BioMarine – Omega 3

Publié dans Biotech Info N°538 du 5 octobre 2011

Ifremer - Algues Dans le paysage compétitif actuel, les recherches se focalisent de plus en plus sur une nouvelle génération de cosmétiques hight-tech. Les ressources marines sont sous les feux de projecteurs et apportent leur lot de propriétés nouvelles.

Définitivement, la cosmétique se scientifise. Si les algues sont traditionnellement réputées pour leurs propriétés anti-âge, le collagène marin issu des écailles de poissons se voit également reconnaître des vertus non contestées dans le domaine de la lutte contre le vieillissement cutané.

Traitement des coproduits de la pêche (déchets)

Traitement des coproduits de la pêche (déchets)

Mais encore les huiles de poissons, les sous-produits de ces derniers ou encore la chitine issue de la carapace des crustacés sont la source d’ingrédients susceptibles d’entrer dans la formulation de nouveaux cosmétiques. « Les ingrédients marins sont naturellement associés avec le bien-être pour le consommateur avide de cosmétiques naturels » observe Philippe Catroux*, directeur de la R&D des produits dermo-cosmétiques et dermatologiques pour les laboratoires Pierre Fabre.

Ifremer - Algues L’heure est donc tout naturellement selon lui aux nouvelles technologies pour apporter des innovations dans les ingrédients fonctionnels. « Avec les produits marins il est très facile d’avoir des concepts marketing, mais ces ingrédients sont en même temps un véritable challenge pour la R&D afin de trouver de nouvelles molécules» commente Laurent Rios*, directeur R&D de Greentech.

L’industrie du saumon au bénéfice de la cosmétique

Ce qui intéresse la société norvégienne Aqua Bio Technology (ABT), ce ne sont ni les extraits d’organismes marins ni leurs produits dérivés …mais l’eau d’éclosion des larves de saumon. « On peut pratiquement considérer qu’il s’agit d’un déchet, car dans les écloseries cette eau est renouvelée en permanence et n’est exploitée par personne » déclare Fanny Coste*, Directrice commercial et marketing de ABT, avec en poche un diplôme d’ingénieur biotech et un master en cosmétique. Or ce déchet est particulièrement riche en une enzyme très particulière secrétée par la larve de saumon pour lui permettre de sortir de son œuf, ainsi que de nombreuses autres molécules qui permettent de protéger la peau du bébé saumon à sa naissance. L’histoire de cette découverte remonte aux années 1980 lorsque l’industrie du saumon a explosé : les femmes triaient les œufs de saumon mains nues dans de l’eau entre 2 et 5°C, et étonnamment se réjouissaient d’avoir la peau particulièrement douce à une température où elle aurait du être agressée et abîmée. Le Professeur Bern Th. Walter qui s’est intéressé à ce curieux phénomène a découvert l’enzyme connue aujourd’hui sous le nom générique de choriolysine en 1997 et a créé la société ABT en 2000. « Sur la peau humaine, cette enzyme attaque spécifiquement le lien entre les cellules mortes mais pas les cellules vivantes » affirme F. Coste, expliquant que cette spécificité est responsable de la desquamation par microexfoliation, avec un détachement des cellules mortes feuillet par feuillet. Aussi la société Aqua Bio Technology positionne t-elle son ingrédient Aquabeautine® comme une alternative aux acides de fruits. Son étude clinique menée sur des modèles de peau humaine reconstruite, dont les résultats ont été publiés en juillet, montre que le modèle exposé à 5% d’acide glycolique subit une altération massive avec une destruction de toute la couche cornée et que celui soumis à des enzymes issues d’acides de fruits (telle la papaïne) présente une exfoliation non spécifique des cellules, résultant en des trous dans la couche cornée. En revanche, le modèle traité avec 1% d’Aquabeautine se révèle extrêmement lisse, avec qui plus est une stimulation de la prolifération, de la différenciation cellulaire et de la fonction barrière.

Un océan d’idéesUn océan d'idées

« L’océan nous donne d’immenses opportunités, et il y a encore beaucoup à comprendre quant à l’activité biologique de nombreux ingrédients, y compris avec l’eau elle-même, d’aquaculture ou non» observe Sven, Vice-Président R&D du laboratoire suisse La Praire, un des principaux partenaires cosmétiques de BioMarine. Selon lui, l’objectif n’est plus aujourd’hui de trouver un nouvel anti-oxydant ou une nouvelle source de vitamine D, mais véritablement de découvrir des ingrédients marins aux propriétés très spécifiques. « La mer est notamment une source exceptionnelle d’enzymes dotées d’activités très particulières » renchérit F.Coste. Plus loin encore « les ressources marines signent l’origine de la vie » se plait à rappeler Laurent Rios, soulignant aussi que les molécules provenant des macroalgues sont particulièrement actives.

Dans le domaine de la cosmétique comme des autres, le challenge est de trouver en permanence le bon compromis entre innovation et régulation, sachant que REACH est là et que l’innovation ne consiste pas juste à avoir des idées mais aussi d’apporter des preuves à la fois de non toxicité, d’efficacité, de spécificité et d’innocuité. Si les ingrédients marins sont sur le marché depuis déjà plus de 20 ans beaucoup reste encore à faire en terme de compréhension de leur activité, sachant que comme le mentionne F.Coste « ce qui est naturel n’est pas nécessairement bon pour la peau mais peut aussi être toxique ».

 Nathaly MERMET

ZOOM sur les Omega-3 nouvelle génération

Exit l’odeur et le goût des capsules d’huiles de poisson, qui se révèlent être un sérieux frein à la consommation d’Oméga-3 malgré les bénéfices santé attendus : la start-up norvégienne Omegatri innove avec ses comprimés secs de poudre d’Oméga-3. Plus qu’une simple et pratique nouvelle formulation galénique, le développement de Omegatri pour la dessiccation d’huiles de poisson est protégé par pas moins de trois brevets d’applications couvrant la technologie et les produits. « Notre technologie propriétaire montre une extraordinaire stabilité de la poudre Oméga-3 face à l’oxydation » déclare Astrid Hilde Myrset*, CEO de la société, affirmant que le problème de reflux grastro-oesophagien (RGO) lié à l’absorption d’huile Oméga-3, facilement oxydable et responsable de l’après-goût rance désagréable, est ainsi résolu. « Toute la difficulté était de parvenir à faire une poudre sèche à partir d’un produit gras (une huile) qui par définition est compliqué à rendre sec » explique t-elle. Les premiers produits de Omegatri sont vendus dès cet automne en Norvège sous le nom de …Omegatri® ! L’objectif rappelé par A. Hilde Myrset sera ensuite de développer un portfolio de produits afin d’associer d’autres propriétés santé à celles des oméga-3 (vitamines ou oligo-éléments par exemple). Créée en 2008, la société affiche vouloir rester flexible et de petite taille afin de pouvoir répondre aux nouveaux besoins du marché, et cherche actuellement un partenaire financier stratégique et des distributeurs sur les marchés Europe, US, Asie. Le marché global des oméga-3 comme compléments santé est actuellement estimé à 8 milliards de dollars US, avec une croissance annuelle attendue de 20%. Dans ce contexte, la différenciation de comprimés Omega-3 de haute qualité sans odeur ni goût ni après-goût et gardant leur fraîcheur est tout le challenge de Omegatri qui a bien l’intention de concurrencer les capsules et de prendre sa part de marché. NM

* Propos recueillis à l’occasion de BioMarine, Nantes, 7-9 septembre 2011