Publié dans Biotech Info N°505 – 10Nov2010 – Portrait Amoéba

 

Amoeba : une pépite biotech environnementale née d’un brevet CNRS

Chaque année quelques 50 000 tonnes de produits chimiques chlorés sont déversés en France au nom de l’assainissement de l’eau. La jeune société lyonnaise Amoéba créée en juillet 2010 arrive avec une alternative biologique.

Avec son brevet de rupture technologique déposé en 2006 et étendu à l’Europe en 2009, Amoéba entend bien révolutionner la lutte contre les légionelles …et ce malgré un fort lobbying (notamment des chimistes) sur le marché du traitement de l’eau.

Son savoir-faire? L’utilisation d’un agent biologique éradiquant les légionelles et les amibes libres telles que Hartmannella et Acanthamoeba. Une alternative d’autant plus bienvenue que trois produits chimiques, à savoir le chloroforme, l’alkyle phénol et l’acide chloroacétique, tous trois générés par la réaction du chlore avec l’environnement, sont d’ores et déjà interdits depuis avril 2010. « L’eau de Javel reste autorisée en terme de traitement alors qu’elle est toxique, dangereuse et peut même se comporter comme comburant » déclare Frédéric Plasson, Président et CEO de Amoéba, rappelant qu’il n’y a pas d’alternative mais que les doses et concentrations maximum légales sont atteintes. A noter aussi que les concentrations sont dix fois plus importantes en France qu’en Allemagne pour une même efficacité …tendant à démontrer que le trust du marché par les traiteurs d’eau expliquerait ce delta (voir aussi le facteur 10 constaté).

La course contre la montre est lancée : la Directive Cadre sur l’Eau interdira en 2015 le rejet direct de l’eau de Javel dans l’environnement, et parallèlement l’autorisation d’un dossier biocide pour le traitement des légionelles peut prendre 5 à 7 ans. « La fenêtre de temps est courte pour le dépôt de nouveaux dossiers biocides » observe F. Plasson, particulièrement confiant dans la technologie Amoéba.

L’amibe star

Le brevet initialement pris par l’Université Claude Bernard Lyon 1 (travaux du Dr Jacques Bodennec, à l’origine du projet), et dont la licence d’exploitation a été concédée à Amoéba, couvre l’application de l’amibe Willaertia magna. Labellisé par Lyon Science Transfert et incubé par CREALYS, le projet repose sur la capacité de cette amibe à manger les légionelles et à phagocyter les vecteurs libres amibiens.  « Une stratégie d’adaptation des légionelles aux biocides chimiques est par exemple de se faire « héberger » par les genres amibiens libres tels Hartmannella et Acanthamoeba qui se comportent alors comme vecteurs lorsqu’ils explosent et relarguent les légionelles abritées» explique F. Plasson. Devant autant d’astuces du monde vivant, il s’agit donc de ruser avec davantage d’ingénierie.

Très concrètement, Amoéba propose à ses clients des bouteilles dans lesquelles est concentrée l’amibe Willaertia magna, destinée à être directement injectée dans le réseau d’eau. Toute la finesse repose alors sur la concentration de la nouvelle amibe « directrice des lieux ». Economiquement le calcul est simple : un litre d’amibes permet de traiter 100m3 d’eau par jour, là où il faudrait 10m3 de produits chimiques. « Une fois injectée dans le réseau l’amibe se multiplie tant qu’elle a de quoi se nourrir, et s’enkyste quand la pénurie arrive » précise F. Plasson.

Classée non pathogène (ce qui est rassurant pour un organisme présenté comme une solution écologique), l’amibe fait actuellement l’objet d’un dossier de demande d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) par Amoéba. L’objectif est de proposer l’utilisation du biocide dans la lutte contre les légionelles à la fois pour les tours aéroréfrigérantes et pour les eaux chaudes sanitaires. La start-up affiche l’ambition de prendre 25 à 30% de parts d’un marché mondial des tours estimé à 500 M€ annuels (comptant 3400 sites classés et 60 000 tours dans le monde). « Non seulement le coût de fabrication des amibes est faible mais on remplace 4 – voir 5- produits chimiques par un produit bio » se réjouit F. Plasson.

 

Nathaly MERMET

 

FICHE D’IDENTITE

 

LIEU : Lyon

CREATION : juillet 2010

SPECIALITE : utilisation d’un agent biologique dans la lutte contre les légionelles

FINANCEMENT :   levée de fonds de 1,5M€ prévue d’ici mars 2011

CA prévisionnel 2010-2011 :  300K€

EFFECTIF :  4 personnes

CONTACT : Fabrice Plasson

Site internet : www.amoeba-biocide.com

Fabrice Plasson, CEO de la société Amoéba, a reçu le  Novad'Or 2013 (A Lyon,  21 octobre 2013)

Fabrice Plasson, CEO de la société Amoéba,reçoit le Novad’Or 2013 (A Lyon, 21 octobre 2013). Copyright Nathaly Mermet