Le resvératrol : analgésique et anti-inflammatoire ?

 

Publié dans Biotech Info  N°548 du 22/02/12

Mots-clés : biotech rouges / vertes  – douleurs articulaires – analgésie – inflammation – nutrition – phytothérapie – nutricaments

 

 Les propriétés de certains polyphénols naturels comme le resvératrol ouvrent des perspectives de nutri-phytothérapie pour le traitement de l’inflammation articulaire. Un réel espoir pour les douloureux arthrosiques.

 

Découvertes par les anglais dans la peau de raisin rouge lorsque la vigne est « stressée » (manque d’eau, infections par exemple), les molécules de polyphénols sont fortement impliquées dans la défense contre les pathogènes. Le resvératrol en particulier jouerait un rôle très important dans cette action. Identifié depuis plusieurs années pour protéger nos artères, une nouvelle piste tend à montrer qu’il pourrait également être bénéfique pour nos articulations ! « Des travaux récents rapportent des propriétés analgésiantes et anti-inflammatoires du resvératrol» confirme le Pr Norbert Latruffe, chercheur à l’Université de Bourgogne (INSERM UMR 866). Certains cépages -tel le Pinot noir- se révèlent même plus riches que d’autres en Resvératrol.

 

Un contexte d’échec

Malgré certains progrès dans sa compréhension, la douleur arthrosique est dans l’impasse : aucun traitement curatif ni d’arrêt de la progression de cette maladie chronique articulaire n’est en vue. A la fois très douloureuse et progressivement invalidante, elle est caractérisée par le non renouvellement du cartilage articulaire. Toute approche visant la préservation de ce dernier est donc stratégique.  « Notre objectif est de trouver des alternatives antalgiques et anti-inflammatoires aux médicaments existant » affiche le Pr Latruffe, précisant que les solutions médicamenteuses actuelles ne sont pas suffisantes, mais en revanche dotées de nombreux effets secondaires indésirables. Les anti-inflammatoires préconisés pour soulager temporairement la douleur – non stéroïdiens (ex. profènes) au départ , puis corticoïdes (ex. cortisone) en phase aigue- engendrent souvent en parallèle une toxicité hépatique, des aigreurs d’estomac pour les premiers et des œdèmes accompagnés de prise de poids pour les seconds. Par ailleurs, les gélules de chondroïtine sulfate, parfois indiquées pour repousser l’invalidité, sont généralement mal tolérées par le foie.

Le défi

Soutenu à hauteur de 50 000€ attribués fin 2011 par la Fondation APICIL dans le cadre de son programme « Soulager autrement les douleurs de l’arthrose », le projet porté par le Pr Latruffe vise à asseoir les bases biochimiques d’une indication médicale basée sur les polyphénols naturels. Ce pour venir en substitution – pour partie ou totalité- aux anti-inflammatoires et alléger la douleur. « Le mode d’action du resvératrol serait de diminuer la production de molécules de signalisation de la douleur entre le cartilage et les cellules du système immunitaire » avance le Pr Latruffe. Son effet sur les cellules chondrocytaires humaines en culture en interaction avec les macrophages serait d’agir à la fois sur une diminution des interleukines pro-inflammatoires (avec une localisation des macrophages au niveau de la zone de nécrose) et une stimulation de la production de cytokines anti-inflammatoires.

Après la phase préclinique sur modèles animaux d’arthrose induits pour évaluer les effets anti-inflammatoire, anti-invalidant, antalgique et non toxique, des essais cliniques pourront être entrepris. Le développement de thérapeutiques alternatives, adjuvantes ou de traitements nutripréventifs devra se concrétiser par le dépôt de brevets, la prise de licence et un accord de commercialisation comme médicament (AMM) ou comme nutricament (ANSES). Les pistes envisagées  sont la cure de resvératrol à effet systémique, les infiltrations localisées, la combinaison avec des composés actifs de médicaments commercialisés, ou encore la synergie avec d’autres polyphénols naturels. « Le savoir faire de l’équipe est un socle solide pour la création d’une start up dédiée à combattre ou prévenir l’arthrose articulaire » affirme le Pr Latruffe, révélant que des investissements importants seront nécessaires et que des laboratoires pharmaceutiques suivent de près le projet.

 

Nathaly MERMET

Photo à la Une : François dans ses vignes – Copyright © Nathaly Mermet