Publié dans Biotech Info  N° 560 du  06/06/12

Mots-clés : biotech vertes – agro-alimentaire – sucres – valorisation – déchets

 

NUTRITIS : des sucres 100% fruits

Visant pour 2012 à valoriser 30 000 tonnes de fruits « perdus », l’usine du site de Cruviers-Lascours ouverte par la jeune société Nutritis a bénéficié d’un investissement de 6,5M€.

A la fois innovant et intelligent, écologique et économique, connoté développement durable …le procédé d’extraction et purification de sucres naturels à partir de fruits déclassés développé par Nutritis cumule toutes les mentions spéciales. « Notre objectif est de faire fructifier le chiffre d’affaires grâce aux sucres de fruits » déclare Pierre Lapoujade, fondateur et président du directoire de Nutritis, rappelant que le CA réalisé en 2011 était de 3,4M€ et que le CA prévisionnel pour 2012 se monte à 7,5M€. Partenaire de la coopérative fruitière Grap’Sud (pionnier  dans la valorisation des coproduits de la viticulture, et qui détient 52% de la société), Nutritis est en lien direct avec les stations fruitières des bassins de production sud-est et sud-ouest, qui lui garantissent un approvisionnement de quelque 30 tonnes par jour. « Les agriculteurs sont éparpillés au niveau du territoire, donc la récupération directe serait laborieuse, mais l’interface via les stations de conditionnement la rend gérable » explique P. Lapoujade, précisant que la matière première, à savoir les fruits déclassés, consommables mais ne correspondant pas au cahier des charges pour les ventes, est constituée de pommes en hiver, de melons au printemps et de pêches et nectarines en été.

 Un process breveté

 Techniquement, le procédé débute avec une phase de concentration / évaporation qui permet d’éliminer toutes les impuretés à partir du jus de fruit initial. Toutes les traces de sulfate, acide lactique, acide malique, protéines, peptides (etc.) sont ainsi retenues par les résines échangeuses d’ions constituées de polymères inertes qui fixent éléments minéraux et organiques au passage dans quatre citernes faisant office d’échangeurs anioniques ou cationiques. S’ensuit une étape d’évaporation sous vide, permettant de diminuer la température tout en récupérant la vapeur pour la recompresser. Le cœur de la technologie repose ensuite sur l’étape d’hydrolyse du saccharose développée avec l’INSA Toulouse, permettant la séparation glucose / fructose (deux isomères de la même molécule) et qui s’apparente à une HPLC en version industrielle.

 Atouts environnement et santé

 Outre les intérêts de valorisation de produits considérés comme déchets, de performances énergétiques (avec 43% de vapeur issue d’énergies renouvelables), il apparaît que l’index glycémique du fructose natif extrait de fruits selon le procédé breveté de Nutritis (Fructilight) est le plus faible du marché, à 11,9. Doté d’un pouvoir sucrant très élevé – 1,5 fois plus que le saccharose et 2 fois plus que le glucose, dont l’index glycémique de 100 fait référence- le fructose est actuellement l’objet de nombreuses investigations afin de préciser ses qualités nutritionnelles et les allégations fonctionnelles potentielles. Les études menées notamment par l’Inserm de Toulouse portent ainsi sur la régulation et l’amélioration de la glycémie, la satiété, l’équilibre calorique, le surpoids et la prévention de l’obésité et du diabète.  « Les travaux menés avec Biofortis et en partenariat avec le CRITT Bio-Industries et l’INSA de Toulouse confirment que l’ingestion de fructose bénéficie d’une diffusion plus lente que les autres sucres » précise Aurélie David, responsable R&D et qualité.

 Cumul de distinctions

 Lauréat en 2005 et 2006 du Concours National des Entreprises de Technologies Innovantes, détenteur de la mention spéciale du jury du Prix de l’Usine Alimentaire Durable 2012, Nutritis cumule les distinctions. Premier à avoir investi sur les chaudières biomasse, le site de Cruviers-Lascours bénéficie de 75% de son énergie issue d’énergies renouvelables et dispose d’infrastructures pour la valorisation des effluents, menant du compostage des boues jusqu’à l’alimentation animale du bétail.

 

Nathaly MERMET