Publié dans Biotech Info 558 du 23 mai 2012

Mots-clés : biotech vertes / blanches / rouges – nutrition – diabétologie – endocrinologie – agro-alimentaire – métabolisme

 

Un projet CENS riche de sens

 

Porté dans le cadre du Plan Campus, la création du Centre Européen pour la Nutrition et la Santé (CENS) a officiellement été annoncée le 10 mai dernier, à l’occasion du Congrès européen sur l’obésité (ECO2012) à Lyon.

 

Dans ses murs à l’horizon 2015 sur le secteur de l’Hôpital Lyon Sud, il s’agira d’un des plus gros centres européens de recherche en nutrition impliquant un consortium de tous les acteurs scientifiques et médicaux, dont le Centre de Recherche en Nutrition Humaine Rhône-Alpes (CNRH), l’Hôpital Edouard Herriot (HEH), l’Unité mixte CarMeN (Cardio, Métabolisme et Nutrition) INSERM/Université Lyon 1/ INRA/ INSA de Lyon et le Centre de Recherche de l’Institut Paul Bocuse (voir ENCADRE) « Avec CENS, qui coordonnera l’ensemble des forces en nutrition humaine, nous irons du niveau moléculaire à la gastronomie, et Lyon aura de grandes chances de devenir un pôle de rayonnement international en la matière » déclare Martine Laville, diabétologue – endocrinologue – nutritionniste, Directrice du CRNH Rhône-Alpes (HCL/Université Lyon 1), et présidente du conseil scientifique du centre de recherche de l’Institut Bocuse. Affichant clairement l’ambition de prendre le leadership européen, CENS a pour vocation de coordonner les acteurs du monde de la recherche ainsi que les industriels des secteurs de l’agroalimentaire et de la pharmacie pour apporter des réponses scientifiques aux enjeux de santé liés à la nutrition. Parmi les priorités de CENS, au-delà de réunir 200 chercheurs dans un espace commun, figurent celles de disposer d’une plate-forme d’essais cliniques, d’un restaurant métabolique et d’un hôtel à projets. Actuellement en recherche de partenaires dans l’industrie pharmaceutique, la grande distribution et le secteur de la banque-assurance, CENS a à cœur de rendre réalisables et concrets les projets soutenus.

 

600 000€ levés auprès des industriels

 Soutenu dès 2010 par la Fondation Bullukian dans l’évaluation de sa faisabilité et de sa mise en œuvre et accompagné par le cabinet CMN Partners, le projet CENS a levé – outre les 12M€ mis au panier par les collectivités dans le cadre du Plan Campus en lien avec l’Institut Européen du Lymphome (ELI)- 600K€ sur 3 ans pour assurer son fonctionnement. Ce auprès de l’Institut Mérieux, des sociétés Nutrisens et Roquette ainsi que du groupe SEB, en cohérence avec son action pour développer la cuisine santé intelligente. Ambition commune : trouver la recette pour que chacun adopte une alimentation source de plaisir et de santé

 

Une  recherche partenariale forte

 Plusieurs projets ont été menés ou sont en cours avec des industriels du secteur de l’industrie agroalimentaire ou de la santé. Parmi ceux-ci, le projet NUTRIOSE® mené en collaboration avec le groupe Roquette et le CRNH Rhône-Alpes sur la modulation du taux de sucre dans l’organisme après le repas par l’ajout de fibres dans les aliments (Nazare, Am College Nutrition, 2011). La fibre alimentaire en question,  « NUTRIOSE® » est entièrement naturelle, extraite de l’amidon de blé ou de maïs et soluble. Grâce à ses propriétés techniques, elle peut donc être facilement incorporée dans un large éventail de produits alimentaires et leur conférer ses avantages santé en termes de contrôle du poids et d’effets prébiotiques. Cette innovation a été récompensée en 2012 par le Prix Ringier dédié à l’Innovation et la Technologie.

Le projet SAFRAN -SAtiété, FRéquence des repas et Aspects Nutritionnels-  quant à lui est mené par le Centre de recherche de l’Institut Paul Bocuse en collaboration avec le CRNH Rhône-Alpes, et est financé en partie par la Fondation Nestlé. Ces recherches portent sur l’étude chez 20 sujets sains de l’effet d’un fractionnement différentiel d’un petit-déjeuner iso calorique, en une ou quatre prises, sur la satiété et le contrôle de l’appétit (aspects métaboliques et comportement alimentaire). Ce travail a permis de fournir les bases scientifiques de recommandations nutritionnelles pour la répartition optimale de l’apport calorique quotidien afin de prévenir la prise de poids et les risques cardio-vasculaires associés.

S’intéressant à la présentation ou formulation même de certains aliments, le projet LIPINFLOX mené avec l’interprofession laitière (CNIEL) cherche à comprendre, à la fois chez l’homme mince ou obèse, les différences de métabolisme des lipides au cours de la digestion de matière grasse lorsque celle-ci est émulsionnée ou tartinée. Enfin, un projet collaboratif réunit le CRNH Rhône-Alpes, celui de Nantes et la société GENFIT autour de l’intérêt potentiel d’une nouvelle molécule (agoniste PPAR a/d)  pour le traitement de l’atteinte hépatique chez les sujets obèses.

 Pluri-disciplinaire (vraiment) et multi-cibles

Ciblant à la fois les patients et les consommateurs, CENS implique des médecins autant néonatologues que gériatres, et associe aussi des professionnels en sociologie et urbanisme. Pour répondre à des problématiques plus complexes visant à savoir par exemple comment nourrir un patient cancéreux ou optimiser la prise de poids d’un enfant prématuré, il s’agit alors de mettre dans la boucle tous les acteurs concernés, permettant d’aller comprendre jusqu’à l’état de la flore intestinale.

Multi-sensoriel par essence, le goût est également un paramètre fondamental. Il intègre à la fois la gustation (soit l’aspect très physico-chimique des aliments) et la dégustation, qui englobe les notions de plaisir et bien-être, et c’est en ce sens que les problématiques de nutrition peuvent être appréhendées à travers le goût. Au-delà de sa mission de recherche et d’accélérateur du transfert de l’innovation au bénéfice de la population, le CENS se sent également investi d’une mission de prévention. « Notre rêve est rendre les gens addicts à une nourriture saine » conclut Martine Laville.

Nathaly MERMET

 

ZOOM

Le Centre de Recherche de l’Institut Paul Bocuse

 Fondé par Paul Bocuse et présidé par Gérard Pélisson, l’Institut Paul Bocuse forme au Management des Arts Culinaires, de l’Hôtellerie et de la Restauration, de niveaux Licence et Master en partenariat avec l’IAE Lyon et l’Université finlandaise Haaga Helia. Depuis 2008, cet Institut a étendu son domaine de compétences à la recherche et à l’innovation en créant, en partenariat avec le CRNH Rhône-Alpes, un Centre de Recherche unique en son genre où le goût est mis au service de la nutrition. La structure dispose d’un restaurant « Living Lab », soit une plateforme expérimentale modulable pour l’étude des comportements alimentaires en situation réelle, qui accueille aussi des doctorants s’intéressant aux problématiques des arts culinaires, de la restauration et de l’hôtellerie. Trois thématiques complémentaires sont à l’honneur des recherches pluridisciplinaires étudiant les rapports de l’Homme à son alimentation : Goût-Plaisir, Santé-Bien-être et Economie-Entreprise. Deux axes sont explorés : les mécanismes du plaisir (et déplaisir) et les différences interculturelles ou entre populations – cuisiniers, mangeurs, clients….

 « En changeant l’offre alimentaire on peut aussi changer le comportement, et ainsi approcher des pathologies telles l’obésité et le diabète » affirme le Professeur Martine Laville. « Le rôle des sens dans le plaisir alimentaire est essentiel » insiste le Dr Agnès Giboreau, Directrice du Centre de recherche de l’Institut Paul Bocuse, soulignant que le fait de manger répond à des besoins énergétiques mais fait intervenir de nombreux facteurs individuels et socioculturels.

Original dans son approche, le Centre participe également au développement des entreprises du secteur de l’alimentation et de l’hôtellerie-restauration en proposant des études sur mesure centrées sur les consommateurs, les produits, les matériels ou encore les process industriels (études d’exploration culinaire, tests d’innovations en situation, enquêtes ethnographiques sur l’alimentation etc. Son ambition : aligner l’excellence scientifique sur l’excellence d’un haut lieu de la gastronomie. NM