COLDEP : innovation dans le « dewatering »

Publié dans  Biotech Info  N° 519 du  30/03/11

Mots-clés : biotech jaunes – bleues – vertes – blanches – dépollution – eau – biomasse – environnement – biocarburants – algocarburants – phytoépuration – microalgues – agro-chimie – aquaculture – bioremédiation

 

algieplusSéparer l’eau de la biomasse composée de microalgues de la manière la plus efficace et moins coûteuse était le challenge de COLDEP. Un défi relevé qui lui permet aujourd’hui de signer avec de gros industriels de l’agro-chimie.

 

Fondé sur le principe de la colonne à dépression, le projet porté par Julien Jacquety au sein de l’incubateur lyonnais Créalys donnera naissance à la start-up COLDEP courant avril. Après des études d’aquaculture et notamment un BTS production en pays basque, il est à l’origine d’un brevet déposé par l’Ifremer et l’INSA de Lyon, et pour lequel il a négocié une licence d’exploitation exclusive. La société en instance de création va donc se positionner sur la valorisation industrielle des microalgues et des effluents industriels, grâce une technique innovante de séparation eau / biomasse (ou « dewatering »). Alors que deux procédés sont classiquement utilisés, la filtration membranaire et la floculation par agents chimiques (qui provoque la sédimentation algaire), COLDEP offre une alternative dix fois mois coûteuse que les deux précédentes : la colonne à dépression. Constituée de deux tubes, interne et externe, la colonne, qui mesure entre 2 à 6 mètres (prototypes actuellement conçus), permet la microflottation de la biomasse grâce au vide provoqué dans sa partie supérieure et au micro-bullage réalisé à la base du tube. De la tension superficielle au sommet de la colonne résulte une écume composée de microalgues et de CO2 …qu’il suffit alors de récupérer ! « Notre technologie permet une pré-concentration de la biomasse à moindre coût, ce qui intéresse de nombreux clients industriels, dans le domaine des algocarburants, comme de l’aquaculture, de l’agro-chimie ou encore des cosmétiques » déclare Julien Jacquety, prochainement directeur de COLDEP.

 

Des biocarburants aux nutraceutiques

Le premier marché visé par COLDEP est celui des biocarburants de troisième génération à partir d’algues, actuellement estimé à 1 milliard de dollars et qui devrait approcher les 1000 milliards en 2015. Les algocarburants auront encore davantage le vent en poupe ! Mais d’autres marchés s’ouvrent avec de nombreux projets industriels dans le secteur de la valorisation des microalgues, et donc de multiples applications ouvertes à la biomasse. A commencer par le marché de la protéine, avec les nutraceutiques utilisés  en alimentation humaine et animale (piscicole entre autres). Le marché s’ouvre aussi à d’autres industries pour la vente de produits à haute valeur ajoutée, co-produits de la biomasse, tels les pigments, les antioxydants, les enzymes, les polymères, les peptides, les acide gras, les stérols ou encore les toxines. Ces marchés sont englobés par le celui de la biorémédiation du CO2, qui est le substrat énergétique pour les microalgues lors de la photosynthèse. « Une très forte dynamique d’innovation se profile dans ce secteur avec des milliers de brevets déposés et donc de gros marchés potentiels en perspective » se réjouit J. Jacquety.

 

Un lancement qui s’annonce bien !

Alors que la société n’a encore officiellement pas lancé sa pêche aux microalgues elle a déjà attrapé de gros poissons ! Ainsi un premier contrat avec Total est-il dans les tuyaux pour pré-filtrer une eau destinée à être injectée dans les shistes bitumineux, et débarrassée pour ce faire au préalable des microparticules (inférieures à un micron donc) grâce au passage dans une colonne à dépression. « Un second contrat particulièrement intéressant pour nous est en cours avec un grand de la chimie qui souhaite exploiter les molécules d’intérêts issues de microalgues » confie J. Jacquety, sans pour autant en révéler le nom. Détenteur de 47% de la société, alors que 22% sont respectivement détenus par deux chercheurs, François René, Président de la Commission aquaculture des Nations Unies, et Jean-Yves Champagne, Directeur du Laboratoire des Mécanique des Fluides et d’Acoustique (LMFA) de l’INSA, il annonce d’ores et déjà une levée de fond de 500K€ d’ici deux ans. « Nous aurons également besoin de développer la sous-traitance » commente le principal intéressé.

Nathaly MERMET